Chaque année, à la mi-mai et durant 12 jours, le festival de Cannes réunit des professionnel.les du cinéma venu.es du monde entier. Alors que le cinéma asiatique brille sur la scène internationale, comment s’organise la célébration de ces œuvres à l’échelle locale ? En effet, si l’on célèbre cette année la 79e édition du festival de Cannes, le Forum des images, à Paris, a quant à lui accueilli la toute première édition du festival Cinemasio. Une multitude d’histoires racontées et partagées pendant 3 jours, les 20, 21 et 22 mars 2026, et la volonté de mettre en lumière les talents asio descendants du cinéma français. Et si on plongeait dans les coulisses du festival ? A travers leur regard, Suzy, sa programmatrice, et Tommy, son illustrateur et photographe, nous ouvrent les portes d’un festival en pleine effervescence, où l’engagement se construit autant à l’écran qu’en coulisses.
Festivals de cinéma & engagement associatif
Cela fait maintenant quelques années que je suis de près le travail de diverses associations qui valorisent les cultures asiatiques ainsi que celles qui mettent au centre de leurs actions les enjeux de diversité et de représentation dans le cinéma. Pour moi, c’est grâce à des espaces comme Cinemasio, Divé +, Banh Mi Média ou encore le Collectif 50/50 que j’arrive enfin à entrevoir un monde avec plus de perspectives pour les personnes minorisées. Plus que des associations ayant leur actions spécialisées, Il s’agit là d’une transversalité des récits : l’idée n’est plus seulement de représenter une communauté, mais de faire émerger de nouveaux visages, de nouvelles écritures, de nouvelles sensibilités, et de valoriser celles et ceux qui créent, devant comme derrière la scène.
Ainsi, ce projet de Festival porté par l’association Cinémasio est né d’un constat simple mais essentiel : nous regorgeons de cinéastes, d’acteurs et de techniciens talentueux issus des diasporas asiatiques, mais leur reconnaissance reste marginale.
C’est donc de cette volonté de vouloir mettre en avant tous les professionnels qu’on a pu rencontrer via notre association qu’est né le Festival Cinemasio. On voulait avant tout que ce festival soit une fête : un moment où les histoires se rencontrent et créent une énergie collective, une impulsion, même à petite échelle. C’est aussi une manière de renouer avec ses origines, de les célébrer et d’y puiser de la force pour avancer !
Au cours de la cérémonie d’ouverture, j’ai eu l’occasion de prendre la parole avec Julien Tang, le président du Festival Cinemasio. A la fois terrifiée à l’idée de prendre la parole devant une salle complète mais honorée d’avoir ce privilège d’exprimer une vision qui je l’espère était partagée par d’autres personnes, j’ai voulu délivrer un message de force et d’espoir pour toutes les générations qui font que ce Festival existe.
On vous propose alors de vivre ou revivre ce moment en images grâce aux illustrations du talentueux Tommy Sailt.
Trouver sa place : le discours de Suzy
Je sais pas si ça vous est déjà arrivé de vous poser un moment et de réaliser ce qu’il se passe autour de vous ?
Et bien c’est ce moment qui s’impose à moi à cet instant même.
J’ai longtemps cherché comme tout le monde à trouver ma place et à cet instant précis je sens que tout fait sens.
Parce que dans l’organisation de ce festival, j’ai trouvé le lieu des possibles, un lieu qui n’est ni d’une culture ou d’une autre mais un lieu où on se sent soi-même. Un lieu où on ose rêver pour soi et pour les autres ! J’en suis alors venue à cette conclusion selon laquelle ma place était celle où j’avais envie d’être. Et donc à ce moment précis, ici avec vous !
Une aventure collective
Monter un festival c’est un peu comme un tournage, vous appelez des gens avec qui vous avez envie de travailler, vous rencontrez des nouvelles personnes et étrangement on se met tous et toutes d’accord pour faire ça ensemble. En réalité, c’est fou !
Et cette aventure ne commence pas ce week-end mais bien de longs mois avant et c’est pour ça que je tenais à remercier tous les bénévoles qui ont donné toute leur âme et leurs tripes pour faire exister cet événement ! Parce que sans cette équipe de folie on ne serait pas là ce soir.
J’ai une petite anecdote à vous raconter ! Quand j’ai commencé à travailler dans le cinéma, j’ai bossé un moment à la Maison du Film, et là-bas j’ai vu pleins de gens qui voulaient y croire s’y croiser. Parmi ces gens, il y avait une personne que je ne cessais pas d’observer, à chaque événement j’arrêtais pas de le regarder “en mode, mais non une personne d’origine asiatique dans le cinéma”, qu’est-ce qu’il peut bien faire ? Du coup, j’ai suivi ses projets, et j’ai moi-même continué à travailler dans le cinéma, et à aimer, mais tellement aimer, ce que je fais maintenant.
Et cette personne c’est Stéphane Ly-Cuong, le réalisateur de Dans la Cuisine des Nguyen. Du coup, Stéphane, merci d’avoir été il y a 8 ans maintenant ma petite lueur d’espoir. Parce que, c’est aussi grâce à ces grands frères et grandes sœurs qu’aujourd’hui, on sait qu’on n’a pas à se cloisonner et au-delà de notre identité, genre, origine, milieu social… ce sont les aventures qui nous restent à vivre qui feront les films demain. Et j’espère qu’on y verra éclore des créations avec plus de diversités de récits et de visages.
Avec cette programmation on souhaite vous amener à travers l’histoire, la fiction, le patrimoine, les rires et les pleurs pour qu’ensemble on puisse entrevoir, grâce au cinéma, cette force qui nous pousse à créer.
On a pensé ce festival comme un lieu de rencontre, un lieu où l’on apprend à se connaître et connaître les autres… et réaliser la force du vivre ensemble.
Le Cinéma Asio-descendant n’est pas un cinéma asiatique mais bel et bien un cinéma de français et françaises avec des histoires liées à l’Asie.
Le Festival Cinemasio c’est de multitude d’histoires. 3 jours, 2 cocktails, 21 réalisateur·rices, 2 tables rondes, 1 masterclass, un podcast, du patrimoine, des débats. Un jury de compétition prestigieux et des sponsors et partenaires sans qui tout cela n’aurait pas été possible. On les remercie du fond du coeur.
Venez découvrir les talents de la compétition de courts-métrages et de la catégorie « Diasporas », présidée par le producteur Vincent Wang, entouré d’un jury d’exception composé de Marie-Christine Courtès, Jérôme Rougier et Frédéric Chau. Leur regard attentif et leur expérience apportent une lecture riche et exigeante de cette sélection.
Enfin, je tiens à remercier chaleureusement toutes les intervenantes et tous les intervenants pour leur confiance, ainsi que les réalisatrices et réalisateurs qui nous ont confié leurs films.
Écoutons ensemble cette multitude d’histoires et voyons comment elles résonnent !
Résonance : en quoi un festival comme Cinemasio complète-t-il des rendez-vous majeurs comme le Festival de Cannes ou la Mostra de Venise ?
Pour moi, il ne s’agit pas seulement de voir de bons films. J’y vois un futur possible. Un futur dont je rêve pour les prochaines générations, comme celles d’avant ont rêvé pour nous.
J’y entrevois aussi de la transmission : au-delà des récits d’immigration, c’est aussi la possibilité de rêver sur plusieurs générations.
Trop souvent invisibilisés, ces talents racontent pourtant des histoires profondément ancrées dans notre société contemporaine : des récits intimes et universels, où se croisent héritages multiples et questionnements identitaires, modernité urbaine et traditions silencieuses. À l’heure où la diversité devient une urgence culturelle en France autant qu’une évidence déjà investie outre-Atlantique, le Festival Cinemasio affirme un positionnement clair : rendre visible une richesse créative encore trop discrète.
C’est un lieu de rencontres professionnelles et de dialogues avec le public, où le cinéma devient ce qu’il a toujours été : un miroir du monde et un levier d’émancipation. Cinemasio se donne pour mission de célébrer ces artistes et de faire découvrir au public la richesse d’un cinéma en pleine effervescence.
Cette expérience m’a tellement marquée. Elle était collective, presque intime, où les histoires ont résonné profondément avec le public. Entendre mon histoire résonner dans toute une salle, ça donne du sens à tout.
Car, pour que les gens puissent rêver, il faut des rêveurs et pour rêver ensemble il nous faut des espaces ! Et tant que ce festival continuera à donner de la force aux gens, à insuffler de l’inspiration et à valoriser ces rêves, je le défendrai corps et âme.
Je chéris particulièrement ces espaces de rencontre qui ouvrent la porte aux collaborations et aux belles aventures, comme ce tournage où l’on s’est rencontré y’a bientôt 10 ans avec Tommy, où nous étions les étudiants asiatiques de la maison du Japon de la Cité Universitaire.
Car oui, depuis ce tournage on se suit dans nos rêves et on se partage nos ambitions, on va ensemble aux événements de cinéma et de cultures asiatiques. Tommy est également photographe et a couvert une partie du Festival avec Antoine Maokhampio et Laurent Hou. Ils ont formé une équipe de choc.
Et ça, c’est pour moi le plus beau des cadeaux. Au-delà d’avoir un large réseau, c’est avoir des gens avec qui on peut rêver et faire de belles choses.
Merci Tommy, mon frère de cœur () pour ces belles images numériques comme papiers et merci de continuer à vivre ces aventures avec moi. Parce que grâce au cinéma, je me suis construit cette famille de rêveurs fous et talentueux.


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