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Le bilan du cinéma asiatique à la 82e Mostra de Venise

septembre 15, 202513 min read

La représentation du cinéma asiatique dans les festivals occidentaux reste un défi pour les cinéastes ainsi que leurs équipes. Tel est le constat que fait Laurent Hou, photographe de festival dans son article sur les coulisses des rendez-vous internationaux du 7e Art. Récemment revenu de la 82e édition de la Mostra de Venise, il dresse cette fois-ci un bilan du cinéma asiatique lors de ce prestigieux festival international. Quels films sont repartis triomphants ? Quels sont ceux qui se sont octroyé une victoire par leur visibilité auprès des médias occidentaux ? Une fois de plus, Laurent Hou partage ses observations, ses ressentis et ses pensées sur la façon dont sont représentées les figures du cinéma asiatique en Europe. Comme toujours, il livre un récit à la première personne, dans l’objectif d’un photographe des plus grands festivals de cinéma.

Les cinéastes asiatiques entre grand triomphe et difficulté à se faire une place solide

Le prestige de la Coppa Volpi

Pour l’Asie, l’image marquante du festival est celle de Xin Zhilei recevant la prestigieuse Coppa Volpi de la meilleure interprétation féminine. C’est la 4e actrice asiatique à la recevoir, depuis 1934. La dernière en date était la Hongkongaise Deannie Ip, en 2011. Un très grand accomplissement pour l’actrice, ainsi que pour toute l’équipe du film. Une victoire certes, mais pas particulièrement attendue. En effet, le film dans lequel elle joue (The Sun Rises On Us All) a été projeté en toute fin de festival, la veille de la cérémonie de clôture. Pour une fois, un film asiatique a été projeté en séance principale, à 18 h, ce qui garantit à la fois une couverture médiatique optimale et la présence de nombreux photographes et vidéastes.

Un constat qui perdure : se faire sa place dans un cinéma international

Mais ne crions pas victoire trop vite. La fin de festival constitue toutefois un moment où l’attention médiatique est moindre, et ce, pour plusieurs raisons :
  • les magazines hebdomadaires bouclent l’essentiel de leurs articles sur le festival 3 jours avant la fin ;
  • certains photographes et vidéastes partent de Venise pendant les derniers jours pour aller au festival du film américain de Deauville, ou au festival international du film de Toronto.

Force est de reconnaître que, malheureusement, la plupart des films asiatiques ont été projetés pendant les deux derniers jours du festival, moment où l’attention de la presse occidentale retombe.

L’impact de la réalité des photographes sur le festival

Les photographes et vidéastes qui restent jusqu’à la fin du festival sont bien souvent gagnés par la fatigue. Par conséquent, ils sont tentés de ne pas couvrir une première qu’ils jugent « dispensable ». Envoi des images de chaque photocall et tapis aux agences de presse, journées qui commencent à 10 h le matin, et se terminent à minuit, sans pauses… Il faut l’avouer, la réalité du métier de photographe de festival dépeint une activité éreintante. Un véritable marathon. 

Shu qi
Photocall de GIRL, premier film de Shu Qi (au centre) en tant que réalisatrice et projeté le 4 septembre, deux jours avant la fin du festival

Les films asiatiques affirmés dans le cinéma mondial

Une multitude de pays d’Asie représentés

Malgré cela, l’Asie confirme qu’elle occupe une belle place dans le cinéma mondial actuel. En plus de The Sun Rises On Us All, la compétition principale du festival a aussi accueilli GIRL, première expérience de l’actrice taïwanaise Shu Qi en tant que réalisatrice. Le Japon était présent avec l’animé Scarlet, dont les doubleurs ont fait le déplacement pour défendre le film. La Corée, quant à elle, montre une nouvelle fois son influence culturelle grandissante avec Park Chan-Wook, projeté en début de festival et attendu par de nombreux fans de toutes nationalités. Si le film repart bredouille, les critiques sont bonnes et il représente la Corée du Sud aux oscars. L’actrice Son Ye-Jin et l’acteur Lee Byung-Hun (vu notamment dans Squid Game) ont enflammé la foule nombreuse massée aux abords du tapis rouge. Visible dans tous les magazines de mode qui traitent du festival, l’actrice d’origine sud-coréenne, Greta Jiehan Lee, n’a pas manqué de se faire remarquer. Elle est à l’affiche de A House of Dynamite et Late Fame. Enfin, l’Asie du Sud-Est était représentée uniquement par la Thaïlande et Tsai Ming-Liang, qui a tourné sa caméra sur le Laos.

Lee Byung Hun
Lee Byung-Hun et ses fans au bord du tapis rouge pour No Other Choice, seul film asiatique projeté en début de festival

L’Asie révélée, trophées en main

Dans la catégorie Orizzonti, qui est un peu l’équivalent vénitien d’Un Certain Regard à Cannes (une deuxième catégorie du festival où apparaissent des films avec en général des budgets plus restreints), Human Resource, un film thaïlandais, faisait partie des favoris, où l’on trouvait aussi un film allemand en thaïlandais, Funeral Casino Blues dont j’ai photographié l’équipe lors d’une session de portraits sur la plage de l’hôtel Excelsior. Akihiro Hata, réalisateur japonais installé en France, a présenté le film Grand Ciel toujours en Orizzonti. Dans cette catégorie, c’est finalement le réalisateur japonais Akio Fujimoto, qui reçoit le prix spécial du jury. Singing Chen repart avec le prix de la catégorie Venice Immersive. Silent Friend repart avec le prix du meilleur espoir, décerné à Luna Wedler. Le film compte des Asiatiques dans son casting : Tony Leung, ainsi que Yun Huang, dans un second rôle. 

Courts-métrages : l’intérêt des médias pour les réalisateurs asiatiques

Dans les courts-métrages, la Chinoise Viv Li faisait partie des favorites et a été copieusement interviewée par les médias italiens, notamment en raison de la beauté des images de son film. Hélas, elle repart sans trophée. Hors compétition, on retrouve encore une fois le réalisateur malaisien Tsai Ming-Liang qui a présenté un documentaire intitulé Back Home, toujours en compagnie de son acteur fétiche, le Taïwanais Lee Kang-Sheng, cette fois-ci en rôle de producteur.

Jutamat Lamoon de Funeral Casino Blues
L’actrice thaïlandaise Jutamat Lamoon, de Funeral Casino Blues, photographiée sur la plage de l’hôtel Excelsior
Greta Jiehan Lee au photocall de Late Fame
Greta Jiehan Lee, qui figure dans toutes les compilations des meilleurs looks du festival réalisées par les magazines de mode (photocall du film Late Fame).
La danse sur le tapis rouge de 9m88, chanteuse et actrice taïwanaise qui joue dans GIRL, de Shu Qi

Le jeu du tapis rouge

J’ai porté mon regard de photographe sur les équipes des différents films asiatiques présentés lors de cette 82e édition de la Mostra de Venise. Elles se sont prêtées au jeu du tapis rouge, et des photocalls, loin de défiler sur le tapis de manière monotone et de se contenter de poses figées.

La plupart d’entre eux sont allés saluer les fans, ont interagi avec les photographes et se sont montrés très à l’aise devant les caméras et appareils photo. Par ailleurs, aucune personnalité asiatique n’est allée jusqu’à s’asseoir au milieu des photographes, comme l’acteur Toni Servillo, ou emprunter un appareil photo comme George Clooney. Certains ont toutefois dansé sur le tapis, comme la chanteuse et actrice taïwanaise, 9m88. J’ai essayé de les encourager à ma manière. J’ai demandé à Park Hee-Soon de se tourner vers les photographes alors qu’il prenait des selfies avec les fans. Aussi, j’ai crié « niubi ! » (expression d’argot chinois que l’on pourrait traduire par « woh la classe ») à Xin Zhilei, lorsqu’elle est venue poser avec son trophée sur le tapis rouge, la faisant éclater de rire, pour des photos plus expressives, comme celle choisie en début d’article.

Singing Chen
Singing Chen, avec son trophée de la catégorie Venice Immersive
Sujauddin Karimuddin et Akio Fujimoto
Sujauddin Karimuddin et Akio Fujimoto
Zhao Tao, Xin Zhilei
Zhao Tao, membre du jury international et actrice chinoise, remet la coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à Xin Zhilei, actrice chinoise.
Les Thaïlandais de Human Resource posent avec le directeur du festival
Zhao Tao, membre du jury international et actrice chinoise, remet la coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à Xin Zhilei, actrice chinoise.
Yun Huang, actrice de Silent Friend
Yun Huang, actrice de Silent Friend
Zhang Songwen Xin Zhilei et Feng Shaofeng de The Sun Rises On Us All, projeté en tant que séance principale de la journée
Zhang Songwen Xin Zhilei et Feng Shaofeng de The Sun Rises On Us All, projeté en tant que séance principale de la journée
Masaki Okada Mana Ashida et Mamoru Hosoda (Scarlet)
Masaki Okada, Mana Ashida et Mamoru Hosoda (Scarlet). S’il s’agit d’un dessin animé, les acteurs se sont quand même déplacés pour soutenir le film.
Akihiro Hata, réalisateur japonais installé en France, présentait son film Grand Ciel dans la catégorie Orizzonti.

À propos de Laurent Hou

Photographe de festivals passionné par les arts visuels, Laurent Hou documente depuis plusieurs années les grandes scènes cinématographiques européennes, notamment Cannes. D’origine franco-chinoise, il offre un regard sur les parcours des cinéastes asiatiques et leur reconnaissance internationale. Après des études de sciences humaines, il se spécialise sur la Chine, où il vit de 2011 à 2017. C’est ici qu’il devient photographe, au contact de professionnels de renom, notamment des correspondants de la presse internationale. Ses images témoignent à la fois de son sens du détail, de sa passion pour les arts visuels et de son regard artistique en faveur d’une diversité culturelle.

Lauren Hou
Laurent Hou au photocall, servant de test lumière à ses collègues (photo de Steve Wood)

Par Laurent Hou

Secrétaire de rédaction : Clémence Viola 

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