La représentation du cinéma asiatique dans les festivals occidentaux reste un défi pour les cinéastes ainsi que leurs équipes. Tel est le constat que fait Laurent Hou, photographe de festival dans son article sur les coulisses des rendez-vous internationaux du 7e Art. Récemment revenu de la 82e édition de la Mostra de Venise, il dresse cette fois-ci un bilan du cinéma asiatique lors de ce prestigieux festival international. Quels films sont repartis triomphants ? Quels sont ceux qui se sont octroyé une victoire par leur visibilité auprès des médias occidentaux ? Une fois de plus, Laurent Hou partage ses observations, ses ressentis et ses pensées sur la façon dont sont représentées les figures du cinéma asiatique en Europe. Comme toujours, il livre un récit à la première personne, dans l’objectif d’un photographe des plus grands festivals de cinéma.
Les cinéastes asiatiques entre grand triomphe et difficulté à se faire une place solide
Le prestige de la Coppa Volpi
Pour l’Asie, l’image marquante du festival est celle de Xin Zhilei recevant la prestigieuse Coppa Volpi de la meilleure interprétation féminine. C’est la 4e actrice asiatique à la recevoir, depuis 1934. La dernière en date était la Hongkongaise Deannie Ip, en 2011. Un très grand accomplissement pour l’actrice, ainsi que pour toute l’équipe du film. Une victoire certes, mais pas particulièrement attendue. En effet, le film dans lequel elle joue (The Sun Rises On Us All) a été projeté en toute fin de festival, la veille de la cérémonie de clôture. Pour une fois, un film asiatique a été projeté en séance principale, à 18 h, ce qui garantit à la fois une couverture médiatique optimale et la présence de nombreux photographes et vidéastes.
Un constat qui perdure : se faire sa place dans un cinéma international
- les magazines hebdomadaires bouclent l’essentiel de leurs articles sur le festival 3 jours avant la fin ;
- certains photographes et vidéastes partent de Venise pendant les derniers jours pour aller au festival du film américain de Deauville, ou au festival international du film de Toronto.
Force est de reconnaître que, malheureusement, la plupart des films asiatiques ont été projetés pendant les deux derniers jours du festival, moment où l’attention de la presse occidentale retombe.
L’impact de la réalité des photographes sur le festival
Les photographes et vidéastes qui restent jusqu’à la fin du festival sont bien souvent gagnés par la fatigue. Par conséquent, ils sont tentés de ne pas couvrir une première qu’ils jugent « dispensable ». Envoi des images de chaque photocall et tapis aux agences de presse, journées qui commencent à 10 h le matin, et se terminent à minuit, sans pauses… Il faut l’avouer, la réalité du métier de photographe de festival dépeint une activité éreintante. Un véritable marathon.
Les films asiatiques affirmés dans le cinéma mondial
Une multitude de pays d’Asie représentés
Malgré cela, l’Asie confirme qu’elle occupe une belle place dans le cinéma mondial actuel. En plus de The Sun Rises On Us All, la compétition principale du festival a aussi accueilli GIRL, première expérience de l’actrice taïwanaise Shu Qi en tant que réalisatrice. Le Japon était présent avec l’animé Scarlet, dont les doubleurs ont fait le déplacement pour défendre le film. La Corée, quant à elle, montre une nouvelle fois son influence culturelle grandissante avec Park Chan-Wook, projeté en début de festival et attendu par de nombreux fans de toutes nationalités. Si le film repart bredouille, les critiques sont bonnes et il représente la Corée du Sud aux oscars. L’actrice Son Ye-Jin et l’acteur Lee Byung-Hun (vu notamment dans Squid Game) ont enflammé la foule nombreuse massée aux abords du tapis rouge. Visible dans tous les magazines de mode qui traitent du festival, l’actrice d’origine sud-coréenne, Greta Jiehan Lee, n’a pas manqué de se faire remarquer. Elle est à l’affiche de A House of Dynamite et Late Fame. Enfin, l’Asie du Sud-Est était représentée uniquement par la Thaïlande et Tsai Ming-Liang, qui a tourné sa caméra sur le Laos.
L’Asie révélée, trophées en main
Dans la catégorie Orizzonti, qui est un peu l’équivalent vénitien d’Un Certain Regard à Cannes (une deuxième catégorie du festival où apparaissent des films avec en général des budgets plus restreints), Human Resource, un film thaïlandais, faisait partie des favoris, où l’on trouvait aussi un film allemand en thaïlandais, Funeral Casino Blues dont j’ai photographié l’équipe lors d’une session de portraits sur la plage de l’hôtel Excelsior. Akihiro Hata, réalisateur japonais installé en France, a présenté le film Grand Ciel toujours en Orizzonti. Dans cette catégorie, c’est finalement le réalisateur japonais Akio Fujimoto, qui reçoit le prix spécial du jury. Singing Chen repart avec le prix de la catégorie Venice Immersive. Silent Friend repart avec le prix du meilleur espoir, décerné à Luna Wedler. Le film compte des Asiatiques dans son casting : Tony Leung, ainsi que Yun Huang, dans un second rôle.
Courts-métrages : l’intérêt des médias pour les réalisateurs asiatiques
Dans les courts-métrages, la Chinoise Viv Li faisait partie des favorites et a été copieusement interviewée par les médias italiens, notamment en raison de la beauté des images de son film. Hélas, elle repart sans trophée. Hors compétition, on retrouve encore une fois le réalisateur malaisien Tsai Ming-Liang qui a présenté un documentaire intitulé Back Home, toujours en compagnie de son acteur fétiche, le Taïwanais Lee Kang-Sheng, cette fois-ci en rôle de producteur.
Le jeu du tapis rouge
J’ai porté mon regard de photographe sur les équipes des différents films asiatiques présentés lors de cette 82e édition de la Mostra de Venise. Elles se sont prêtées au jeu du tapis rouge, et des photocalls, loin de défiler sur le tapis de manière monotone et de se contenter de poses figées.
La plupart d’entre eux sont allés saluer les fans, ont interagi avec les photographes et se sont montrés très à l’aise devant les caméras et appareils photo. Par ailleurs, aucune personnalité asiatique n’est allée jusqu’à s’asseoir au milieu des photographes, comme l’acteur Toni Servillo, ou emprunter un appareil photo comme George Clooney. Certains ont toutefois dansé sur le tapis, comme la chanteuse et actrice taïwanaise, 9m88. J’ai essayé de les encourager à ma manière. J’ai demandé à Park Hee-Soon de se tourner vers les photographes alors qu’il prenait des selfies avec les fans. Aussi, j’ai crié « niubi ! » (expression d’argot chinois que l’on pourrait traduire par « woh la classe ») à Xin Zhilei, lorsqu’elle est venue poser avec son trophée sur le tapis rouge, la faisant éclater de rire, pour des photos plus expressives, comme celle choisie en début d’article.
À propos de Laurent Hou
Photographe de festivals passionné par les arts visuels, Laurent Hou documente depuis plusieurs années les grandes scènes cinématographiques européennes, notamment Cannes. D’origine franco-chinoise, il offre un regard sur les parcours des cinéastes asiatiques et leur reconnaissance internationale. Après des études de sciences humaines, il se spécialise sur la Chine, où il vit de 2011 à 2017. C’est ici qu’il devient photographe, au contact de professionnels de renom, notamment des correspondants de la presse internationale. Ses images témoignent à la fois de son sens du détail, de sa passion pour les arts visuels et de son regard artistique en faveur d’une diversité culturelle.
Par Laurent Hou
Secrétaire de rédaction : Clémence Viola


Qu'en pensez-vous ?
Afficher les commentaires / Laisser un commentaire