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Typhon Kalmaegi : à Xuân Thành, un village de pêcheurs se reconstruit après la tempête

novembre 13, 20259 min read

Article par Guillaume Marchal.

Une famille de pêcheurs après le passage du typhon Kalmaegi.

Cette année, le Vietnam a essuyé treize tempêtes, provoquant un lourd bilan matériel et humain. Derrière les vidéos choc et les statistiques, des familles tentent de reconstruire leur vie dans les villages côtiers ravagés par les vents et la mer. À Xuân Thành, village de pêcheurs frappé dans la nuit du 6 au 7 novembre par le typhon Kalmaegi, la communauté s’organise pour réparer, s’entraider et prévenir les prochains dégâts.

Chaque tempête qui s’abat sur les villages vietnamiens plonge un peu plus les habitants exposés dans la précarité. Dans ce village de pêcheurs situé à quelques kilomètres de Quy Nhon, les habitants sont épuisés. Ici, les toits en tôle de nombreuses maisons ont été arrachés, les palmiers coupés en deux. Un vieil homme aux traits tirés reste assis en tailleur au milieu des décombres. Sur sa chemise blanche soigneusement boutonnée, un foulard aux couleurs vives contraste avec son regard vide.

Crédit: Magdalena Chodownik

À Xuân Thành, des milliers de débris en tout genre sont échoués ou flottent dans la baie.

« Cet arbre s’est abattu sur ma maison, emportant avec lui mon toit. Un jour, nous allons en mourir, je suis inquiet. Ces dernières années, j’ai l’impression que les tempêtes sont plus fortes », confie-t-il, pensif. Derrière lui, des villageois s’activent pour dégager des flotteurs, sous les yeux bienveillants d’une vieille femme. Elle se souvient de l’intensité de la tempête. « Nous devions nous cacher, nous ne pouvions rien faire. Les vents étaient si violents, je suis encore choquée. Maintenant, vivre est très difficile. Il n’y a pas d’eau, on doit utiliser l’eau de pluie récupérée pour se doucher, se laver les dents », dit-elle en montrant un seau usé, à moitié rempli.

 

Dès les premières lueurs du jour, l’entraide s’est organisée. Les voisins apportent des outils, les jeunes grimpent sur les toits pour remettre des tôles, les familles partagent l’eau et l’électricité. « La solidarité et le sens de la communauté, c’est ce qui nous fait tenir », confie une habitante. Les générateurs à essence, qui fournissent un peu de courant, deviennent des lieux d’échange, de partage, où l’on vient souffler un peu.

Crédit : Magdalena Chodownik
Les filets représentent un coût important pour les familles, qui ne peuvent pas en racheter. Cette famille s’empresse donc de les recoudre pour retourner pêcher.

Aux dégâts s’ajoute la pollution. Tout au long de la berge du village de Xuân Thành, des déchets en tout genre flottent au gré des vaguelettes. La majorité des habitants vit de la pêche, et ces détritus, avalés par les poissons ou bloquant l’accès aux côtes, mettent à mal l’économie locale.

Les mains occupées à recoudre des filets dispersés par les vents, troués et inutilisables, une mère de famille résume son désarroi : « Nous sommes des familles de pêcheurs ici. Sans matériel de pêche, comment peut-on continuer à travailler, à maintenir un revenu stable ? Je ne peux pas étendre mes filets, il y a trop de détritus : je n’attraperai que du plastique. Nous n’avons plus rien et de lourds frais nous attendent pour reconstruire. Je suis très inquiète. »

Crédit : Magdalena Chodownik
La récolte du jour des pêcheurs de Xuân Thành.

Deux jours après la tempête, le ciel bleu est revenu. Sur des rambardes de bambou, chemises et sous-vêtements sèchent lentement au gré d’une légère brise. Mais le calme peine à revenir dans le village de Xuân Phương, qui fait face à celui des pêcheurs de homards dans la baie de Vịnh Xuân Đài. Les cris se mêlent aux klaxons, aux moteurs des générateurs et au claquement de l’eau contre les coques.

Crédit : Guillaume Marchal

Les bateaux ont été ramenés sur les côtes pour éviter qu’ils ne coulent au large durant la tempête, mais le vent les a fait s’entrechoquer.

Les bateaux rouges, bleus, blancs et jaunes destinés à la pêche au large ont été broyés par les vagues. Le vent et la marée les ont projetés contre la côte, brisant les coques, sectionnant les mâts et laissant s’infiltrer l’eau de mer. Certains restent impuissants devant la carcasse de ce qui fut leur maison flottante, d’autres tentent de sauver le peu de matériel encore récupérable.

« Nous allons travailler jour et nuit pour un retour à la normale, mais les dégâts économiques se feront sentir pendant plusieurs mois », murmure un pêcheur, la voix brisée.

La communauté s’organise

Dans la région de Gia Lai, le président de province a appelé citoyens, entreprises et communautés locales à « chung tay » (mettre la main à la pâte) pour réparer les maisons, relancer l’agriculture et s’entraider. Des volontaires arpentent la région pour reconstruire, déblayer et soutenir les personnes les plus touchées.

Des organismes communautaires comme Blue Dragon tentent également d’apporter des solutions face aux récentes catastrophes naturelles. En coordination avec les habitants et des organisations locales comme l’Union des femmes vietnamiennes, l’ONG apporte une aide d’urgence dès les premières heures : nourriture, eau potable, abris temporaires et évacuation des familles isolées. Michael Brosowski, directeur stratégique de Blue Dragon, insiste néanmoins sur l’importance du long terme : « Une semaine après une catastrophe, le monde oublie. Mais c’est essentiel d’être présents six mois, un an plus tard, pendant que les familles reconstruisent. Les tempêtes détruisent les maisons, les cultures ou les fermes, et il faut des mois pour s’en relever. »

Crédit : Blue Dragon

Les équipes de Blue Dragon auprès des victimes des inondations dans le nord du pays.

À Huế, ancienne capitale impériale, l’ONG accompagne notamment la construction de maisons adaptées aux inondations : les biens peuvent être déplacés en hauteur et une issue aménagée sur le toit permet de s’échapper si le niveau d’eau monte trop. « Prévoir à l’avance, c’est la clé », insiste l’organisme. En allouant une aide financière allant jusqu’à 2 000 euros pour les foyers les plus impactés, le gouvernement vietnamien exhorte également les habitants à ne pas reconstruire dans les zones à risque.

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